Poésie

Chasseur de sens

Chasseur patient
Il avait égrené le temps
Apprivoisé un à un les éléments
Invisiblement louvoyant
Dans l'hostile environnement
A l'affût méthodiquement
Guettant le parfait instant
Toujours sous le vent

Il avait réussi sa quête

D'un large sourire
Il clamait son bonheur
D'avoir chapardé
A la belle ondine
Un parfum fatigué
D'une longue nuit câline
Qui se prélassait encore
Au petit matin
Dans l'onde de sa chevelure féline

Voyages

Plus que les mots
Plus que les gestes
Plus encore que les actes

Les parfums
Qu'au bord de votre cou
Emprisonne votre chevelure

Sont pour mon voyage
Le vaisseau le plus sûr

Vers ces îles lointaines
Où j'enfouirai ma peine

Esteban

Que sont ils devenus?
Esteban
Tes rêves de fraternité

Dans quel abîme
Ta candeur a t'elle sombré?

Qu'il est impitoyable
Et dur
L'océan de la médiocrité

Qu'il est glacé
Et violent
Le souffle de la lâcheté

Mais au loin
Esteban
Sur l'autre rive
Existe l'île
Dont tu as tant rêvé

Un croissant

Je vais te demander la lune mais sache que je peux me contenter d'un croissant,
si tu me l'amènes au lit, au petit déjeuner,
et tant pis si il me reste sur les hanches,
tant qu'il y aura tes mains pour les saisir
et ta queue pour fouiner ces secrets que je ne te cache pas,
si, peut etre celui là : j'ai revé de toi au quotidien

Jardinage

Les fleurs du bonheur
Poussent dans ces jardins merveilleux
Que l'on cultive
Tendrement
Patiemment
Passionnément
Avec ceux que l'on aime

Automne

Sur le petit chemin
Qui longe le ruisseau
Dame nature
Fait révérence
En enfilant sa plus belle parure
L'alchimie de l'été indien
Nous envoûte doucement
Et mots à mots
Pas à pas
Nous succombons
A la poésie de l'automne
Alors comme le vent dans les arbres
Tu me laisses t'effeuiller
Et je cueille une à une
Tes senteurs féminines
En un instant
Tes fesses charnues
Tes lèvres gourmandes
Ton sillon accueillant
Me font oublier
Que l'été est passé

Catimini

Parti dès l'aube
Comme un voleur d'amour

A pas de velours
Sans espoir de retour

Le cœur troubadour
Vers un nouveau jour

Nectar

Ta petite moue coquine
Un tantinet naïve
Ton regard enfantin
Faussement surpris
Ton corsage entrouvert
M'invitent à ta poitrine
Et je dévore goulûment
Ces fruits éclatants de jeunesse
Tes soupirs m'encouragent
Au grand déballage
Alors je cherche en vain
Une culotte
Que tu ne portes pas
De tes jambes félines
Emane une odeur divine
Je m'enivre à ton nectar
Et vaincu de désir
Au fond de toi offerte
Je m'abandonne enfin

Bois

Bois des îles
Bois d'ailleurs
Bois d'ébène
Bois précieux
Bois de rose et de violette
Bois d'avant ou d'autrefois
Bois de charpente
Bois d'amourette
Bois d'acajou
Bois de santal
Bois de Corail
Bois de Zebrano
Bois de croix ou de potence
Bois de mon sapin

Bois

Le désespoir des Anges

Frémi
Frémi petite source
A l'appel
De mes désirs

Mouille
Mouille petit ruisseau
En ton sillon
Toujours si beau

Fascine
Attire
Aspire
Inspire
Câline caverne
Obscure cavité
Où se créent
Où se nouent
Où se perdent et meurent
Si voluptueusement
Les rêves sans trêves
Des anges déchus

Lettre au soldat

Bon, soldat, il serait temps que tu sortes du rang, que tu te distingues du peloton de mes amants sporadiques.
Que tu me racontes des histoires pour m'endormir, que tu me fasses l'amour pour me réveiller, que tu sois un esprit pour me séduire, une queue pour m'étourdir, un homme, un dur à cuire, un tendre aussi qui peut rester après minuit, après l'envie.
Putain, soldat, comme je serai femme, forte, folle, fine, fatale même si il le faut.
Je serai moi, en mieux, je ferai des efforts, tu feras des envieux.

Soldat, si tu sors du rang, je ne te tournerai pas le dos.
Sauf si tu me le demandes.
Gentiment.

En attendant, je fais le guet, l'air de rien, une clope à la main.

libellulina  31

Flic Floc

Flic floc
Flic floc
Fait la pluie
Dans les flaques

Tic tac
Tic tac
Fait la pendule
Sur le mur

Boum boum
Boum boum
Fais mon coeur
Dans ma poitrine

Flic floc
Flic floc

Fait la pluie
Dans les flaques

Tic tac
Tic tac
Fait la pendule
Sur le mur

Boum boum
Boum boum
Fais ton coeur
Dans ta poitrine

Cadence

Profite
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
La vie ensoleillée

Défile
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
L'ivresse de mes pensées

Joues
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
Le rythme de nos baisers

Dégage
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
La transe de mes regrets

Reviens
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
Mes rêves oubliés

Adieu
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
La mémoire de mon respect

Toujours
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
L'esprit de liberté

La mer qu'on séquence

Du sillon ruisselant
Quand la petite goutte
Devient la mer
Conséquence de son parcours initiatique

Que le fruit défendu
Dévoré avec tant de hâte
Faisant de la femme fleur
Parfum de toutes convoitises
Le centre
Des océans de la normalité

J'éprouve alors le trouble salée
Fils du masque inutilité
De l'être apparent
Qu'il me faudrait devenir

L'attente

Longue
Violente
Douloureuse
Patiente

Mes enfants tant aimés
Bientôt vous retrouverai

Amertume

Plus que les refus
Plus que les silences
Plus que les échecs
Plus que les tromperies
Plus que les amitiés perdues

Amère est la sentence
Prononcée avant
Que l'on vous ai connu

Sur le quai je suis resté sans voix
Bénédicte

Condamné
Etranglé
Pendu au fil du téléphone
Exécuté sans appel
Sans lendemain
Sans même une dernière volonté

Mais nous ne connaissons pas

Avais-tu répliqué

L'atelier

Les rayons du soleil
Passant par les carreaux

Répandent dans ce tableau
L'or de l'aube

L'atelier encore assoupi
Sort doucement de la nuit

C'est beau

Sur l'établi
Les traverses de chêne
Corroyées la veille
Inhalent encore
Leurs parfums suaves et capiteux

Elles attendent là
Patiemment
Bien rangées

Les mains de l'homme
Qui avec tant d'amour
Leur sculptera
Une nouvelle destinée

Meurtre

Etendue sur la grève
Belle
Emouvante

L'espérance gît là
Morte

Assassinée

Par la main de celui
En qui elle avait cru
Trouver un ami

Le guetteur

Le guetteur
attend patiemment

Il observe
Le temps et les gens

Il ne juge pas
Il guette

Il guette son heure
qui viendra forcement

Taïaut

Je vais partir
Partir là-bas
Ailleurs
Voir de mes yeux
Si la terre est ronde
Ici
Les uns après les autres
Mes rêves se sont perdus
Et je me sens nu
Nu et sale
Sale de cette médiocre vie
Sans saveur et ni devenir
Sale de mes échecs
De ma générosité perdue
Sale de ces peurs
Que l'on me renvoie sans cesse
J'ai dans l'âme
L'odeur des rats et des caniveaux
Alors n'importe quelle embarcation
N'importe quel navire
Fut-il un vieux rafiot
Me semble le plus beau des vaisseaux
Quand je l'imagine
M'emportant à son bord
Vers d'autres rivages
Où l'essence du monde
Serait plus sage

Solitudes

Aux confins de la zone
D'un éclat de verre et d'argent
A surgi la glace de Babylone

Et les filles y défilent
Comme d'autres sur les trottoirs

Aguichant les passants
Désireux d'un soir
De trouver dans ce trou
Vicieux et malicieux
Le plaisir du temps
Qui un instant seulement
S'estompe

L'arboriculture

Chaque jour
Plus profondément
Dans les entrailles
Du savoir de la terre

Chaque jour
Plus haut
Cherchant mon chemin
Vers la lumière

Chaque jour
Plus robuste
Je bâtirai la charpente
De mon destin

Au commencement

Au commencement
Etait la fin
La fin du poème
La fin d'une histoire
La fin d'une époque
La fin de l'hiver
La fin d'avant
D'avant le commencement

Quotidien

8 : AM
Des heures
12 : AM
Des Années
2 : PM
Une vie
6 : PM
A compter les heures
A attendre qu'elles passent
Jusqu'à la dernière

Décroche la lune

Ces mots que je susurre
aux creux de vos oreilles

Belles de mes rêves
Rêves de mes nuits

Je les cisèle
Comme les étoiles
Des mille et une nuits

Accrochés au plafond bleu
de ma patience
Ils attendent la lune qui osera
Les décrocher

Malheur au premier

Je vis dans la boue, la fange, là où la vie grouille comme un étang infesté.
Des corps à corps désaccordés, des chassés croisés sans trop d'issue, des effluves nauséabondes d'amour putréfié..
Malheur à celui qui aimera en premier
Des femmes pleurent la pureté de leurs amours d'antan,
des hommes, décalottés à coups de dents, perdent leur sang,
des morts vivants continuent à jouer, sans trop y croire, juste pour s'occuper.
Malheur à celui qui aimera en premier

Isabelle Paris

Interdits

Mots pour mots
Dents pour dents
Tout cela a passé
Regards cachés
Sourires discrets
Pas un mot
Pas un bruit
Juste un murmure
Juste une caresse
Je craque
Amour simple et pudique
Jamais n'avouerai
Deux corps qui se fondent
Dans un long baiser
Secret
Aube nouvelle
Sans lendemain

Grains de sable

Grains de sable
Petits grains de sable
Sables de torrents
Sables de rivières
Sables de mystérieux déserts
Sables d'îles lointaines
Sables de mers exotiques
Sables de planètes nouvelles
Sables d'univers à découvrir
Profitez du temps
De l'eau
Du vent
Des éléments
Faites
Mille et un cristaux
Mille et un châteaux
Faites
Jouer les enfants
Et Courir les vagues
Faites
Grincer les rouages
Et Dorer les dames

Mais au grand jamais
Ne devenez
Grains de sable
De sablier

A vous

A vous

Les belles passantes

A vous

Mes belles amantes

A vous

Mes espoirs et mes rêves

A vous

Vertiges

Le précipice est à l'homme
Ce que l'air est à l'oiseau

Assis au bord du gouffre

Admirant une dernière fois
Ces belles étoiles
Qui donnent un semblant d'espoir
Au mystère des mystères

Il se demande encore pourquoi

Il mit tant de rage
A tailler le chemin
Qui le conduit à sa fin