Poésie

L'atelier

Les rayons du soleil
Passant par les carreaux

Répandent dans ce tableau
L'or de l'aube

L'atelier encore assoupi
Sort doucement de la nuit

C'est beau

Sur l'établi
Les traverses de chêne
Corroyées la veille
Inhalent encore
Leurs parfums suaves et capiteux

Elles attendent là
Patiemment
Bien rangées

Les mains de l'homme
Qui avec tant d'amour
Leur sculptera
Une nouvelle destinée

Les barbares

Il est revenu
Le temps des barbares

Pas celui
Des guerriers fiers

Celui
De la cohorte des pilleurs
Qui inlassablement suivent les batailles
Et donnent leur âme aux guerres

Si leurs actes
Semblent moins violents
Leurs pensées
Valent largement
Celles de leurs aînés

Leur arme préférée
Est la médiocrité

Héritage

Que feront-ils demain ?
Les enfants de nos enfants
De notre héritage

Que leur restera-t-il ?
De nos pensées étroites
Emmurées de peurs fantasques
En parpaings individuels

Que leur restera-t-il ?
De nos gloires technologiques
Qui mystifient le savoir
Et conjuguent le verbe avoir
Aux mille sujets
Du roi quotidien des larcins

Que leur restera-t-il ?
Quand de notre confort
Ils paieront le prix fort
Et que sur leurs mines personnelles défaites
Restera tatouée à jamais
La souffrance boiteuse
De notre savoir faire pluridisciplinaire
De l'antipersonnel Anti émotionnel Anti spirituel

Que leur restera-t-il ?
Si s'éteignent les poètes
Et que soient perdues ou oubliées
Les senteurs des violettes

Sentence

Visiblement
Très attaché

Au vague semblant
De sa supériorité
De papiers officiels

Campé
Sur le haut d'un statut
Que ses supérieurs
Avaient approuvé

Il jugeait

Il jugeait l'homme plein d'espoir
Qui lui tendait la main
En pensant
Mon frère

Mon Ami

Petite chapelle

Belle et simple
Faite de pierres charnelles
Qui gravées gardent
Les signes mystérieux
Des compagnons tacherons
Découvreurs de sens
Bâtisseurs d'alliance
Entre leur présent et mon passé
Entre leur devenir et mon quotidien
Je les sent tout proche
Leurs murmures
Dont résonne cette voûte sacré
M'appellent à devenir

A même la terre
Gis maintenant
Le linceul de mes pensées
Les plus austères

Lettre au soldat

Bon, soldat, il serait temps que tu sortes du rang, que tu te distingues du peloton de mes amants sporadiques.
Que tu me racontes des histoires pour m'endormir, que tu me fasses l'amour pour me réveiller, que tu sois un esprit pour me séduire, une queue pour m'étourdir, un homme, un dur à cuire, un tendre aussi qui peut rester après minuit, après l'envie.
Putain, soldat, comme je serai femme, forte, folle, fine, fatale même si il le faut.
Je serai moi, en mieux, je ferai des efforts, tu feras des envieux.

Soldat, si tu sors du rang, je ne te tournerai pas le dos.
Sauf si tu me le demandes.
Gentiment.

En attendant, je fais le guet, l'air de rien, une clope à la main.

libellulina  31

Jardinage

Les fleurs du bonheur
Poussent dans ces jardins merveilleux
Que l'on cultive
Tendrement
Patiemment
Passionnément
Avec ceux que l'on aime

Deux Menhirs

Gardiennes des rêves enfantins
Deux pierres dressées
Au milieu de nulle part
Depuis la nuit des temps
Portes de l'imaginaire
Liant au quotidien
Passé présent et devenir
A la magie des mondes consensuels

Ex Matador

Ex matador
Devenu mate à meufs
Sur le sable ensoleillé
Loin des ardeurs de sa reine
Il regarde défiler
Le convoi des peines
De ses passions délaissées

Univers

L'immensité
Nous renvoie
A l'infini petitesse
De notre égocentricité

Pourquoi ?

Devant cette peur du vide
Des questions sans réponses
Le vertige nous prend

Et l'on invente un nom
Au mystère des mystères

Et l'on échafaude
En vain
De grands espoirs
Des vies à venir
Bien moins pires
Que celles du présent

J'ai marché longtemps
Dans mes tourments

Pour accepter
De redevenir un jour
Poussière d'infini

Pour qu'après moi
Disparaisse à jamais
Ce que je suis

Pour que le temps efface
La trace
De mon présent accompli

Pour que s'arrête ma vie
Ma quête inachevée

Sans réponses claires et absolues
Aux doutes
Qui donnent un sens
A la poésie

Grains de sable

Grains de sable
Petits grains de sable
Sables de torrents
Sables de rivières
Sables de mystérieux déserts
Sables d'îles lointaines
Sables de mers exotiques
Sables de planètes nouvelles
Sables d'univers à découvrir
Profitez du temps
De l'eau
Du vent
Des éléments
Faites
Mille et un cristaux
Mille et un châteaux
Faites
Jouer les enfants
Et Courir les vagues
Faites
Grincer les rouages
Et Dorer les dames

Mais au grand jamais
Ne devenez
Grains de sable
De sablier

Pas de liberté

Pas de liberté sans choix
Pas de choix sans contraintes
Pas de choix sans responsabilité

La seule liberté qui soit
Est d'assumer ses choix

Le désespoir des Anges

Frémi
Frémi petite source
A l'appel
De mes désirs

Mouille
Mouille petit ruisseau
En ton sillon
Toujours si beau

Fascine
Attire
Aspire
Inspire
Câline caverne
Obscure cavité
Où se créent
Où se nouent
Où se perdent et meurent
Si voluptueusement
Les rêves sans trêves
Des anges déchus

Vagues

Vagues

Vagues perdues

Vagues romances

Vague à l'âme

Vague histoires

Vague espoir

Vague

Vagues perdues

Vagues romances

Vague à l'âme

Vague histoires

Vague espoir

Vague

Amertume

Plus que les refus
Plus que les silences
Plus que les échecs
Plus que les tromperies
Plus que les amitiés perdues

Amère est la sentence
Prononcée avant
Que l'on vous ai connu

Sur le quai je suis resté sans voix
Bénédicte

Condamné
Etranglé
Pendu au fil du téléphone
Exécuté sans appel
Sans lendemain
Sans même une dernière volonté

Mais nous ne connaissons pas

Avais-tu répliqué

Voyages

Plus que les mots
Plus que les gestes
Plus encore que les actes

Les parfums
Qu'au bord de votre cou
Emprisonne votre chevelure

Sont pour mon voyage
Le vaisseau le plus sûr

Vers ces îles lointaines
Où j'enfouirai ma peine

Accord

Je t'offrirai ma vie
Quand tu en auras envie
Je t'offrirai mon âme
Mes rêves
Mes baisers
En échange de ton respect

Je te désire mienne
Pour le meilleur
Et uniquement pour lui

C'est pourquoi
Demain dès l'aube
Je t'oublierai
Et tu m'oublieras
Pour pouvoir retourner libre
Aux pays de nos secrets respectifs

Mais si très fort
De tout ton être
Tu le désires
Et qu' Eole est clément

Papillon
Retrouvera sa fleur
Et redeviendra son amant
Pour le meilleur
Uniquement

Cela
Jusqu'à la nuit
De notre temps
Jusqu'à ce que l'envie trépasse
Que tournent les vents
Que les caresses agacent
Que nous usent le temps
La morale et les gens

De l'épave de ces amours
Sauvés du naufrage
Restera sur la grève
L'étrave de nos respects

Elle seule vaut la peine
D'être préservée
D'être choyée
Car elle est la base même
De l'ossature solide
D'une somptueuse amitié

Reste-t-il d'autres richesses
A la fin de sa vie
Que celles que vous offrent
Les vrai amis
Ceux-la même qui vous aiment
Pour le meilleur
Et pour le pire

Au commencement

Au commencement
Etait la fin
La fin du poème
La fin d'une histoire
La fin d'une époque
La fin de l'hiver
La fin d'avant
D'avant le commencement

Renaissance

Un désespoir sans fin
Une illusoire attente
Un souffle que l'on retient
Un espoir dans la tourmente
Un vent de déraison
Une vague de démence
Et puis un calme plat

Le silence

Un enfant qui rit
Un instant qui vit
Une poussée d'espérance
Un bourgeonnement de confiance

La renaissance

Délivrance

Enfin ce soir
La délivrance

Si douce
Si fluide
Si chaude

Que je n'ose encore en sourire

Car longue fût l'attente

Patiente
Enrageante
Désespérante

Si cruelle
Si ardente

J'ai encore du mal à m'endormir

Merveilleuse Alice

Sans caprices
Sans malice
Se glissent
Entre les cuisses
Lisses
De la miss
Les doigts complices
Qui à jamais finissent
De conjuguer supplices
Avec délices

Fil aimant

Le fil de l'eau
Le fil du bois
Le fil du récit
Le fil d'Ariane
Le fil du temps
Le fil amant
Qui éclaire mon quotidien
Mais qui rompt plus aisément
Que le fil de la vie
Heureusement

L'arme salée

L'arme du crime
Que l'on s'évertue
A chercher
Depuis que l'homme est érectus
Mais que l'on fabrique toujours

Larmes des crimes
Que l'on s'évertue
A sécher
Depuis que l'homme est érectus
Mais qui coulent toujours

Grèves

Aux rêves sans fin
Chevauchant les mers sauvages
Vers ces îles lointaines
Que l'on désire
Et aime tant
Tant qu'elles le restent

Les passantes oubliées
Les amantes perdues
Quand leurs parfums
Auront disparus
Et que les îles lointaines
A jamais
Seront perdues

J'irai sur la grève
D'un océan sauvage
D'un océan d'amour
Attendre que le vent
Emporte au loin
Ce petit grain de sable
Qu'aura été ma vie

Insomnies

Calme de la nuit
Chant de la pluie
Je te guette
Du fond de mes insomnies
Et tu es là
Patiente
Au coeur de moi
Blottie
Qui me sourit

Esquisse

Des arbres
A la lisière d'un ciel sans fin

L'aurore au loin
Qui m'étreint

Des odeurs d'humus
Et de champignons

Des champs d'oiseaux
Qui intriguent dans la verdure

Un hanneton doré
Vêtu de sa plus belle parure
Qui gravit la mousse
En quête d'une promise

Des roches dures et sages
Qui en ont vu passer d'autres
Depuis la nuit des temps

Et le vent
Qui dans les branches
Chante sa romance

Tel sera mon tableau
Si j'arrive à le peindre
Si beau

Bois

Bois des îles
Bois d'ailleurs
Bois d'ébène
Bois précieux
Bois de rose et de violette
Bois d'avant ou d'autrefois
Bois de charpente
Bois d'amourette
Bois d'acajou
Bois de santal
Bois de Corail
Bois de Zebrano
Bois de croix ou de potence
Bois de mon sapin

Bois

Larmes

Une larme
Coule sur ma joue
Et tombe
Dans la poussière

Mon fils
Mon aîné
Me regarde
Moi
Son père

Qu'il est beau cet Apollon
Au regard pur
Comme l'azur

Une larme
De mon autre joue
Tombe
Dans la lumière

Les mots perdus

Il est des mots
Sortis du contexte
Qui perdent leurs bons sens
Et marchent en rond
Des heures durant
Emprisonnés d'idées étroites

Jusqu'au jour où
Le vent
Retourne leurs vestes
Et les évade au soleil

Sous les applaudissements
Des idées larges

Automne

Sur le petit chemin
Qui longe le ruisseau
Dame nature
Fait révérence
En enfilant sa plus belle parure
L'alchimie de l'été indien
Nous envoûte doucement
Et mots à mots
Pas à pas
Nous succombons
A la poésie de l'automne
Alors comme le vent dans les arbres
Tu me laisses t'effeuiller
Et je cueille une à une
Tes senteurs féminines
En un instant
Tes fesses charnues
Tes lèvres gourmandes
Ton sillon accueillant
Me font oublier
Que l'été est passé