Poésie

L'arme salée

L'arme du crime
Que l'on s'évertue
A chercher
Depuis que l'homme est érectus
Mais que l'on fabrique toujours

Larmes des crimes
Que l'on s'évertue
A sécher
Depuis que l'homme est érectus
Mais qui coulent toujours

Voyages

Plus que les mots
Plus que les gestes
Plus encore que les actes

Les parfums
Qu'au bord de votre cou
Emprisonne votre chevelure

Sont pour mon voyage
Le vaisseau le plus sûr

Vers ces îles lointaines
Où j'enfouirai ma peine

Ombres

Quel étrange amour
Celui que vous portent les ombres

Sous le soleil
Si fidèles
A vos pieds accrochées
Elles suivent pas à pas
Et parfois même
Vous devancent

Puis disparaissent
S'évanouissent
Quand le ciel s'obscurcit
Ou que s'étend la nuit

Sentence

Visiblement
Très attaché

Au vague semblant
De sa supériorité
De papiers officiels

Campé
Sur le haut d'un statut
Que ses supérieurs
Avaient approuvé

Il jugeait

Il jugeait l'homme plein d'espoir
Qui lui tendait la main
En pensant
Mon frère

Mon Ami

Le long chemin

Au bout du chemin
Je prendrai ta main

Il y a le long serpent de bitume
Sa lente somnolence
Ses mots sans regards
Qui m’étranglent peu a peu

Il y a la perfide injustice
De n’être pas du sexe qu il faut
La violence du déni sans guérisons
Des mots guillotines
Des fausses accusations
Des preuves que l on invente

Il y a ses joies fugaces
Que l on compte en heures
En instant parfois
Ses pas de deux avec les vagues
Dans le vent et le sable
Funambule du rester vivant

Il y a ceux qui sont partis
Coupables d aimer
Évadés de ces bagnes sournois
Prisons de la normalité
Dans le silence ou l’effroi
Ils en ont mal fini du pas des lois

Il y a ces photos voilées
Qui mesurent la triste distance
Du monde de verre et des grilles
Ou nous avons grandi
Entre les claquements des droits de visite
Qui s ouvrent ou se terminent

Il y a la volonté froide du tyran
Ses implacables mots d argent
Qui rappellent sans cesse
Sur nous son droit divin
Juridiquement consacré aux écuries de la reine

Il y a la sombre carapace
Des vertueux mensonges
Que enfant soldat défilant
Tu portes déjà en bouclier
Impossible d’y échapper

Il y a tes frères à moitié
Ceux en déni d’existence
Qui au fil de l eau
Les trop courts week-end
T’ont appris à nager
A courir, à pécher, à pédaler
A jouer ces notes bleues et carmins
Que l on improvise en tuant l heure du train qui revient trop vite

On m a volé ta vie de gribouilleur de manteaux
Tes premiers pas de cueilleur de groseilles
Tes rires aux pissenlits qui s envolent
Tes pleurs de testeur de bitume
Tes joies de faiseur de bulles

Au bout du chemin
Je prendrai ta main

Chasseur de sens

Chasseur patient
Il avait égrené le temps
Apprivoisé un à un les éléments
Invisiblement louvoyant
Dans l'hostile environnement
A l'affût méthodiquement
Guettant le parfait instant
Toujours sous le vent

Il avait réussi sa quête

D'un large sourire
Il clamait son bonheur
D'avoir chapardé
A la belle ondine
Un parfum fatigué
D'une longue nuit câline
Qui se prélassait encore
Au petit matin
Dans l'onde de sa chevelure féline

Quotidien

8 : AM
Des heures
12 : AM
Des Années
2 : PM
Une vie
6 : PM
A compter les heures
A attendre qu'elles passent
Jusqu'à la dernière

Lettre au soldat

Bon, soldat, il serait temps que tu sortes du rang, que tu te distingues du peloton de mes amants sporadiques.
Que tu me racontes des histoires pour m'endormir, que tu me fasses l'amour pour me réveiller, que tu sois un esprit pour me séduire, une queue pour m'étourdir, un homme, un dur à cuire, un tendre aussi qui peut rester après minuit, après l'envie.
Putain, soldat, comme je serai femme, forte, folle, fine, fatale même si il le faut.
Je serai moi, en mieux, je ferai des efforts, tu feras des envieux.

Soldat, si tu sors du rang, je ne te tournerai pas le dos.
Sauf si tu me le demandes.
Gentiment.

En attendant, je fais le guet, l'air de rien, une clope à la main.

libellulina  31

Naissance

Les parfums
Des romances fugaces
Font encore frémir ma narine

Du lit du fleuve roi
Emane le chant de la vase

Qu'il est envoûtant
Quand les heures sont sombres
Ce royaume silencieux des anguilles
Gardé par de muettes carpes

L'eau froide et tranquille
Glisse sur la rive

L'aurore est là

Qui dans la brume
A pas de velours
Se faufile

Les berges frémissent

Ainsi naît un autre jour
Un nouveau jour

Envies

Étrange sensation que ton absence
Qui m'emplit
D'une douce mélancolie
J'ai envie de toi
De ta présence
De ton âme
De tes sourires
De tes regards
De la chaleur de ton corps
De la douceur de tes lèvres
De la candeur de ton désir
Mais la patience
Donne à ton absence
Toute la justesse du poids de mes rêves
Alors doucement
Je déguste l'amertume du temps
Qui doucement s'écoule
Pour mieux apprécier l'instant
Où ma vie
Redeviendra tienne

Laisse

L'enivrante paresse
Des habiles caresses
D'une belle princesse
Aux si douces fesses
M'emmène je le confesse
Loin des îles de sagesse
Où doucement l'on laisse
Fleurir la vieillesse

Renaissance

Un désespoir sans fin
Une illusoire attente
Un souffle que l'on retient
Un espoir dans la tourmente
Un vent de déraison
Une vague de démence
Et puis un calme plat

Le silence

Un enfant qui rit
Un instant qui vit
Une poussée d'espérance
Un bourgeonnement de confiance

La renaissance

La danse des fées

Toi qui avais de ma jeunesse
Bafoué la naïveté
Toi qui avais de ma tendresse
Joué comme l'on joue aux dés

Sur le rivage du paraître
Lâchement délaissé
J'ai vu à jamais sombrer
Le navire de nos projets

Mais un jour œuvre du temps
L'été sera passé
De cette vie tu ne garderas
Que les pétales fanés

D'où que soufflent les alizés
Continue de vibrer
Car c'est ainsi enivrée
Que l'on s'amourache des fées

Un croissant

Je vais te demander la lune mais sache que je peux me contenter d'un croissant,
si tu me l'amènes au lit, au petit déjeuner,
et tant pis si il me reste sur les hanches,
tant qu'il y aura tes mains pour les saisir
et ta queue pour fouiner ces secrets que je ne te cache pas,
si, peut etre celui là : j'ai revé de toi au quotidien

Cadence

Profite
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
La vie ensoleillée

Défile
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
L'ivresse de mes pensées

Joues
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
Le rythme de nos baisers

Dégage
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
La transe de mes regrets

Reviens
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
Mes rêves oubliés

Adieu
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
La mémoire de mon respect

Toujours
Belle fille
Petite fée de l'été
Que ta danse Cadence
L'esprit de liberté

Jardinage

Les fleurs du bonheur
Poussent dans ces jardins merveilleux
Que l'on cultive
Tendrement
Patiemment
Passionnément
Avec ceux que l'on aime

Les mots perdus

Il est des mots
Sortis du contexte
Qui perdent leurs bons sens
Et marchent en rond
Des heures durant
Emprisonnés d'idées étroites

Jusqu'au jour où
Le vent
Retourne leurs vestes
Et les évade au soleil

Sous les applaudissements
Des idées larges

Nectar

Ta petite moue coquine
Un tantinet naïve
Ton regard enfantin
Faussement surpris
Ton corsage entrouvert
M'invitent à ta poitrine
Et je dévore goulûment
Ces fruits éclatants de jeunesse
Tes soupirs m'encouragent
Au grand déballage
Alors je cherche en vain
Une culotte
Que tu ne portes pas
De tes jambes félines
Emane une odeur divine
Je m'enivre à ton nectar
Et vaincu de désir
Au fond de toi offerte
Je m'abandonne enfin

Traces

Noirs entrelacs
Signatures à la gomme
Arabesques saccadées
Tortueuses traces

Ultime message sur le bitume
D'une vie qui se défend
De ce cruel destin
Qui cherche à la cueillir
Dans un grand fracas
D'acier et de sang

Interdits

Mots pour mots
Dents pour dents
Tout cela a passé
Regards cachés
Sourires discrets
Pas un mot
Pas un bruit
Juste un murmure
Juste une caresse
Je craque
Amour simple et pudique
Jamais n'avouerai
Deux corps qui se fondent
Dans un long baiser
Secret
Aube nouvelle
Sans lendemain

Révolution

N'avez vous jamais
Eu envie de tout lâcher

D'abandonner soudain
Les pesanteurs du quotidien
Pour s'en aller loin

Pour s'en aller loin
Le cœur au vent
Les cheveux en bataille
Les yeux pleins d'espoirs
L'esprit ivre de rêves
D'un pas long et ferme
Batir là bas
De ses propres mains
Une citée d'espérance
Un monde plus heureux
Un monde plus humain
Un monde plus serein

N'avez vous jamais
Eu envie de tout lâcher ?

La mer qu'on séquence

Du sillon ruisselant
Quand la petite goutte
Devient la mer
Conséquence de son parcours initiatique

Que le fruit défendu
Dévoré avec tant de hâte
Faisant de la femme fleur
Parfum de toutes convoitises
Le centre
Des océans de la normalité

J'éprouve alors le trouble salée
Fils du masque inutilité
De l'être apparent
Qu'il me faudrait devenir

Solitudes

Aux confins de la zone
D'un éclat de verre et d'argent
A surgi la glace de Babylone

Et les filles y défilent
Comme d'autres sur les trottoirs

Aguichant les passants
Désireux d'un soir
De trouver dans ce trou
Vicieux et malicieux
Le plaisir du temps
Qui un instant seulement
S'estompe

Amor

Amour
Désir d'amour

Désir toujours plus fort
D'aimer encore
Toi et ton corps

Je t'adore

Univers

L'immensité
Nous renvoie
A l'infini petitesse
De notre égocentricité

Pourquoi ?

Devant cette peur du vide
Des questions sans réponses
Le vertige nous prend

Et l'on invente un nom
Au mystère des mystères

Et l'on échafaude
En vain
De grands espoirs
Des vies à venir
Bien moins pires
Que celles du présent

J'ai marché longtemps
Dans mes tourments

Pour accepter
De redevenir un jour
Poussière d'infini

Pour qu'après moi
Disparaisse à jamais
Ce que je suis

Pour que le temps efface
La trace
De mon présent accompli

Pour que s'arrête ma vie
Ma quête inachevée

Sans réponses claires et absolues
Aux doutes
Qui donnent un sens
A la poésie

L'atelier

Les rayons du soleil
Passant par les carreaux

Répandent dans ce tableau
L'or de l'aube

L'atelier encore assoupi
Sort doucement de la nuit

C'est beau

Sur l'établi
Les traverses de chêne
Corroyées la veille
Inhalent encore
Leurs parfums suaves et capiteux

Elles attendent là
Patiemment
Bien rangées

Les mains de l'homme
Qui avec tant d'amour
Leur sculptera
Une nouvelle destinée

Espoir Désespoir

Espoir
Désespoir

Espoir
Désespoir

Espoir
Désespoir

Espoir
Désespoir

Espoir
Désespoir

Espoir

Ainsi bat le cœur de la vie

Esquisse

Des arbres
A la lisière d'un ciel sans fin

L'aurore au loin
Qui m'étreint

Des odeurs d'humus
Et de champignons

Des champs d'oiseaux
Qui intriguent dans la verdure

Un hanneton doré
Vêtu de sa plus belle parure
Qui gravit la mousse
En quête d'une promise

Des roches dures et sages
Qui en ont vu passer d'autres
Depuis la nuit des temps

Et le vent
Qui dans les branches
Chante sa romance

Tel sera mon tableau
Si j'arrive à le peindre
Si beau

Les barbares

Il est revenu
Le temps des barbares

Pas celui
Des guerriers fiers

Celui
De la cohorte des pilleurs
Qui inlassablement suivent les batailles
Et donnent leur âme aux guerres

Si leurs actes
Semblent moins violents
Leurs pensées
Valent largement
Celles de leurs aînés

Leur arme préférée
Est la médiocrité

L'arboriculture

Chaque jour
Plus profondément
Dans les entrailles
Du savoir de la terre

Chaque jour
Plus haut
Cherchant mon chemin
Vers la lumière

Chaque jour
Plus robuste
Je bâtirai la charpente
De mon destin