Repartir

Il faut bien rentrer un jour. Après plusieurs jours pris dans les glaces, il faut quitter cet endroit merveilleux. Le moteur reprend son grondement régulier et rassurant puis nous avons à nouveau poussé des glaçons pour sortir de la passe. Il était temps car dans la soute les réserves d'eau douce avaient commencé à geler.

En retrouvant l'eau libre dans la baie Charcot, nous avons croisé « Europa » sous voile. Tomber sur un trois mâts voile en Europe est déjà rare. Mais ici, une telle apparition entre les icebergs s'apparente à un voyage dans le temps. Nous avons croisé un fantôme. Le fantôme du « Pourquoi pas », clin d'œil somptueux à ce voyage dans le sillage du grand explorateur Charcot.

En regardant s'éloigner après plusieurs jours plongé dans son incroyable beauté ce monde que peut-être je ne reverrai jamais, un sentiment ambigu m'habite. Je suis heureux à l'idée de retrouver mes proches pour leur faire partager ce que j'ai vu. Mais je suis triste aussi quand je pense à la fragilité de tels milieux. A cause de notre inconscience, l'antarctique est en danger. Au fond de nos villes, dans nos voitures, dans nos surconsommations, nous appliquons à notre planète un fort impact écologique dont les effets se révèlent parfois à des milliers de kilomètres dans la plus grande indifférence. Outil de mesure créé récemment par le WWF, l'empreinte écologique mesure l'impact des activités humaines sur les écosystèmes et évalue la surface biologique nécessaire pour produire la nourriture et le bois consommés par l'homme, pour accueillir les infrastructures humaines et aussi, pour absorber le CO2 émis par toutes les activités de l'homme. En trente ans, cet indice a augmenté de 50%. En clair, la pression écologique de l'Homme sur la Terre a augmenté de moitié en 30 ans.

A cette mauvaise nouvelle s'en ajoute une autre : au milieu des années 1970, l'impact écologique de l'humanité a dépassé la capacité biologique de la planète. Ce qui signifie que depuis plus de vingt ans, l'humanité est en «  sur-régime » par rapport aux capacités de son véhicule, la Terre, qui ne peut plus absorber notre pression.
Le réchauffement climatique est l'une des premières conséquences de notre activité et le plus grand danger de la faune antarctique. L'augmentation rapide du CO2 depuis deux cents ans dans l'atmosphère accroît l'effet de serre et acidifie les océans. La température terrestre augmente et les glaces fondent. Si en antarctique ce recul n'est pas encore visible, au nord la banquise a déjà perdu 30% de sa surface en 25 ans.
L'augmentation de l'acidité de la mer et la diminution de la surface de la banquise, mettent en péril le phytoplancton et avec lui le krill qui s'en nourrit et ainsi toute la chaîne alimentaire des animaux vivant en antarctique. Tous sont concernés, directement ou indirectement.
En 1959, en pleine guerre froide, la communauté internationale a signé le traité de l'Antarctique. Douze pays y ont installé 48 stations scientifiques. De ce jour, l'Antarctique est devenu le seul continent de la planète démilitarisé et voué à la recherche scientifique jusqu'en 2031.
Devant la nécessité de protéger davantage ce dernier bastion de la vie sauvage, les pays membres du Traité ont signé en 1991 le protocole de Madrid désignant l'Antarctique comme « une réserve naturelle, dévolue à la paix et à la science » et prohibant « tout exercice, autre que scientifique, en relation avec les ressources minérales ». Si ces traités protègent le continent blanc de l'exploitation humaine directe, ils ne la protègent malheureusement pas de nos pressions indirectes.

A travers ce voyage, j'ai voulu transmettre avec mes photographies un peu de la beauté de ce monde. Un témoignage sur ce que, dans notre inconscience individuelle et collective, nous risquons de détruire à jamais.
Se mobiliser davantage pour sauvegarder l'Antarctique. Y retourner pour continuer à témoigner... Pourquoi pas ? La question est entière et il suffit peut-être d'y croire.

Yao

Yao

Créatif, designer, artiste... J'ai toujours eu du mal à me laisser ranger dans des boîtes qui vous enferment si vite et qui changent beaucoup selon l'intérêt qu'on leurs porte

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